"Désormais, les Comores peuvent accéder au grand marché américain pour vendre les produits de rente très prisés aux USA, comme la vanille et l'ylang ylang", indique le document du MIREX rendu public la semaine dernière. L'écrivain Mohamed Toihiri, nommé ambassadeur des Comores aux Etats-Unis en 2006, a semble-t-il convaincu l'administration Bush, qui a signé la semaine dernière le décret de l'éligibilité des Comores à l'AGOA.
L'AGOA (African Growth and Opportunity Act) est une loi votée en mai 2000 par le Congrès américain, dont l'objectif est officiellement de "soutenir l'économie des pays africains en leur facilitant l'accès au marché américain s'ils suivent les principes de l'économie libérale".
Adoptée à l'initiative de l'ancien président Bill Clinton, cette législation facilite l'accès au marché américain pour certains produits de 37 pays d'Afrique (et d'autres des Caraïbes). "En théorie", rapportait le journaliste de Jeune Afrique Philippe Perdrix en mai 2006, "il s'agit de favoriser le développement économique et la lutte contre la pauvreté par le renforcement des échanges". Un communiqué du département des Affaires étrangères des USA décline ainsi les objectifs de cette loi : "Appuyer les réformes en Afrique, ouvrir l'accès au crédit auprès des institutions américaines, faciliter l'accès aux connaissances en matière de technologie, établir un dialogue de haut niveau en ce qui concerne le commerce et les investissements lors de réunions annuelles." Cette approche repose sur la double stratégie du shaping et de la civilianization : le shaping consiste à façonner l'environnement social et économique africain aux normes et standards américains par un ensemble d'opérations de médiatisation favorables à l'image de marque des Etats-Unis ; la civilianization repose sur le principe que les forces démocratiques dominent les forces militaires.
Depuis son adoption, le commerce entre les États-Unis et l'Afrique subsaharienne a ainsi augmenté de 115% ; en 2005, les importations américaines provenant du continent avaient progressé de 40%, à 50,3 milliards de dollars, les hydrocarbures représentant 80% de ces échanges.
Toutefois, dans la pratique, l'AGOA sert avant tous les intérêts américains. Utilisé comme un instrument de la politique commerciale de Washington afin de contrecarrer la menace que représentent pour l'industrie textile américaine des pays tels que la Chine, l'Inde, l'Indonésie ou le Pakistan, l'AGOA apparaît comme un "marché de dupe" pour l'Afrique subsaharienne, peu assurée d'en tirer un avantage commercial, estiment des observateurs. D'autre part, affirme P. Perdrix, "l'AGOA est devenue un formidable outil au service des firmes pétrolières, Washington cherchant à diversifier ses approvisionnements énergétiques."
Malango