L'Ofpra a rendu sa décision : pas d'asile politique pour Mohamed Bacar. C'est ce qu'affirme Mme Ducrocq, responsable à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du dossier Bacar, citée par deux sources : un proche du colonel et nos confrères de Radio Festival. “Mohamed Bacar envisage un recours de cette décision devant la Commission de recours des réfugiés”, a ajouté cette même source proche de l'ex-président de l'île d'Anjouan, chassé par un coup d'État. Bacar et ses hommes devraient recevoir aujourd'hui le courrier officiel de l'Ofpra. Mohamed Bacar est aujourd'hui résigné : il ne devrait pas rester en France. Même si sa femme et ses enfants y résident. Placés à la base aérienne 181 sous assignation à résidence depuis des semaines, le colonel en fuite et ses hommes vont devoir trouver un pays prêt à les accueillir. Maurice, Madagascar et des états africains sont cités parmi les pays susceptibles de les accueillir. Dans le même temps, Yves Jégo, le secrétaire d'État à l'Outre-mer, se trouve aujourd'hui à Moroni, pour y parler immigration (lire page 10). Il devrait en toute logique se réserver la primeur de l'annonce officielle de la décision de l'Ofpra. Annoncera-t-il également une extradition vers les Comores, comme l'avait souhaité il y a un mois Bernard Kouchner, le ministre des Affaires étrangères ? “Il faudrait effectuer une formidable gymnastique juridique pour faire cela”, note Cécile Bentolila, l'une des avocates des Anjouanais. En effet, toutes les garanties de sécurité et d'un procès en bonne et due forme ne sont pas réunies aux Comores, en ce moment. Quelles sont les cartes encore disponibles dans le jeu du colonel ? Elles ne sont pas nombreuses. D'abord, le recours contre la décision de l'Ofpra. Problème : celui-ci n'est pas suspensif. C'est-à-dire que Mohamed Bacar sera probablement dans un autre pays quand l'appel sera examiné. La Commission de recours des réfugiés, à Paris, aura à examiner ce point. Autre piste : le recours devant la cour d'appel administrative de Bordeaux, au sujet de l'arrêté de reconduite à la frontière déposé par le préfet de La Réunion. Enfin la demande d'extradition formulée par l'État des Comores se trouve sur le bureau de la chambre de l'instruction, à Saint-Denis. Enfin, le tribunal correctionnel rendra sa décision le 5 juin sur les faits d'entrée illégale sur le territoire français, avec armes. Le parquet avait requis trois mois de prison avec sursis. Bref, un impressionnant arsenal juridique et une furieuse bataille de robes et gandouras, qui n'a toujours pas dévoilé toutes ses facettes. Une chose est sûre : tout est aujourd'hui mis en œuvre pour faire renvoyer au plus vite Bacar et ses hommes hors de France. Histoire d'assurer la paix diplomatique avec les Comores, à l'heure où le problème de l'immigration illégale et massive de Comoriens vers le territoire français se révèle une insupportable épine dans le pied de Paris. Au même titre pour les victimes des présumées exactions de Bacar, au moment où il était au pouvoir, qui espèrent voir le “dictateur” jugé dans leur pays. Livrer Bacar contre la fin de l'immigration massive, voilà un deal qui pourrait paraître alléchant pour la diplomatie française...
CLICANOO.COM | Publié le 14 mai 2008