Durant ce laps de temps, l'homme, respecté par l'ensemble de la profession, pour sa rigueur, son intégrité morale et sa probité, est parvenu à réaliser le rêve de toute une génération, depuis la création du journal d'Etat en 1985. Du mensuel, au bihebdo, beaucoup de temps a passé. Il y a plus de quatorze ans presque que le journal sort en hebdomadaire. En deux ans, Mohamed Boudouri, a réussi le pari de fédérer les énergies de la rédaction, pour sortir le premier quotidien national, avec une équipe qui continue pourtant à travailler dans la précarité et le dénuement.
Pour arriver à ce résultat, le directeur a doté, le journal d'un parc informatique fourni, et installé l'Adsl, la connexion permanente, pour mieux outiller les journalistes en leur offrant la possibilité de travailler dans des bonnes conditions pour une meilleure production.
Mohamed Boudouri, n'est pas nommé directeur au hasard, pour occuper une fonction honorifique, ou en remerciement de loyaux services électoraux.
Boudouri, a été correspondant permanent du journal 20 ans durant à Anjouan. Au moment fort de la sécession anjouanaise, il était le seul agent de l'Etat comorien qui y travaillait.
Ses reportages et enquêtes dénonçaient la bêtise humaine et oeuvraient pour préserver l'essentiel, l'unité du pays menacé et la souveraineté de l'Etat mise en lambeaux par des extrémistes manipulés.
En 1988 la direction d'Al-watwan lui avait confié la mission d'aller ouvrir et diriger l'antenne du journal dans l'île de Mohéli. Il y a été le correspondant permanent durant toute l'année avant de regagner Anjouan.
Boudouri ne s'en cachait pas et ne signait pas sous un pseudonyme, comme le lui permettait le code de déontologie, pour les journalistes travaillant dans des zones de conflits.
Comme bon nombre de ses confrères Boudouri est un idéaliste. Il pensait que la liberté d'expression a besoin d'un environnement juridique et réglementaire propice pour promouvoir l'essor d'un secteur des médias pluraliste et ouvert. Il s'y est attelé, pour permettre un toilettage du code de l'information en discussion, en mettant à la disposition du comité de travail, des journalistes et les locaux d'Alwatwan. Il a aussi gobé l'engagement solennel que le soutien du pouvoir politique et la protection de la liberté par un État de droit sont aujourd'hui des rêves accessibles.
Boudouri a pris une part considérable, à l'émergence d'un nouveau comportement des professionnels pour le respect des normes éthiques et déontologiques les plus élevées définies par les praticiens à Hamramba.
Loin de lui l'idée de fermer le journal, il ouvre grandes les portes, les archives, les photos, aux autres professionnels, privés, pensant qu'ensemble, les médias indépendants, d'Etats, la société civile, les autorités et les décideurs, ont besoin crucial d'une information crédible et impartial. Boudouri a compris, qu'à l'ère du numérique et de l'Internet, Al-watwan ne peut pas rester en reste. Il met en ligne le journal Alwatwan et le place au premier rang des journaux les plus visités des sites comoriens.
La garantie de médias indépendants, libres et pluralistes, assure la bonne gouvernance dans les jeunes démocraties comme dans les plus anciennes. Ils sont les gages de la transparence, de la responsabilisation et de l'État de droit. Leur existence favorise la participation au débat public et politique, contrecarre les abus et la corruption. C'est pour ce combat que Boudouri avait fondé ses rêves et son action.
Al-watwan N° 1068 du 12 mai 2008