Les incohérences dans l'enquête sur le crash de l'Airbus A 310 de Yeménia suscitent l'exaspération des familles des victimes. Plus de trente jours après la catastrophe aérienne, rien ne filtre. Retour sur la chronologie de l'affaire.Rien de nouveau depuis le crash
Vraisemblablement, il faudra beaucoup de temps avant de découvrir les raisons du crash du vol de l'Airbus A 310 de Yeménia Sanaa-Moroni. Le temps, de son côté, n'attend pas. Voilà maintenant plus d'un mois que l'avion s'est abîmé en mer au large des Comores. C'était dans la nuit du 29 au 30 juin. Depuis, très peu d'informations officielles ont filtré, ni sur les causes du crash, ni sur la récupération et l'identification des corps, ni moins encore sur la localisation des débris de l'épave de l'avion ou de ses fameuses boîtes noires. En l'absence de ces dernières, il est encore plus ardu pour les enquêteurs de tirer les premières conclusions.
Mais pourquoi diantre, un mois après le crash de l'Airbus de l'A 310 de Yeménia Airways, au large de la côte Nord-ouest de Ngazidja dans l'archipel des Comores, l'enquête avance t-elle si peu ? Cent-cinquante deux personnes, voyageurs comme membres d'équipage compris, ont perdu la vie au cours de cette sinistre soirée. Bahia Bakari, 12 ans, Franco-comorienne de la région parisienne et originaire, par ses parents, de Nioumadzaha-Bambao en Grande Comore, est la seule rescapée de cet accident. L'adolescente encore sous le choc de l'accident et de la disparition brutale de sa mère n'a pas été ménagée par la fringale médiatique. Son visage a même été dévoilé à la télévision, entre autres, sans aucune prise en considération de son statut de mineure. Sortie de l'hôpital parisien Trousseau, le 23 juillet dernier, la petite Bahia a rejoint sa famille. Sauvée des affres de la mer, une petite dizaine d'heures après le crash de l'Airbus, par un marin-pêcheur comorien, elle est en passe de devenir le témoin central d'une procédure judiciaire à venir qui devrait être très longue.
Pendant ce temps-là, la très grande majorité des passagers de l'A 310 n'a toujours pas été retrouvée. Depuis le 8 juillet, soit sept jours après la catastrophe aérienne, les autorités tanzaniennes avaient pourtant annoncées à l'agence de presse Reuters avoir récupéré, au large de l'île de Mafia, dans l'archipel de Zanzibar, à plus de 550 kilomètres au nord-ouest des Comores, treize corps ainsi qu'un morceau d'épave siglé Deutsche Airbus - qui visiblement appartenait à l'A 310 de Yeménia Airways. Finalement, 24 corps allaient être récupérés près des côtes de la Tanzanie. Le mercredi 29 juillet dernier, à Marseille, à la Préfecture des Bouches-du-Rhône, Christine Robichon, l'ambassadrice française chargée des relations avec les proches des victimes, confiait : « On espère toujours apprendre qu'il y a eu des progrès dans l'identification, mais nous leur disons la vérité, à savoir que pour l'instant aucun corps n'a été identifié ». Elle a toutefois tenté de rassurer l'assistance en confiant que demeurait « une bonne coopération entre la France, la Tanzanie et le Yémen (...) Les procédures qui sont de règle sont les mêmes... »
L'ANACM informe de la poursuite de l'enquête
Des déclarations qui vont dans le sens du communiqué de presse de la Commission d'enquête technique, daté du 30 juillet, publié sur le site Internet de l'Agence Nationale de l'Aviation Civile et de la Météorologie de l'Union des Comores (
ANACM). Le document indique, entre autres, que « l'enquête sur l'accident de l'Airbus A 310 exploité par la compagnie Yeménia qui effectuait le vol IY 626 entre Sanaa et Moroni se poursuit sous l'autorité des enquêteurs comoriens, dans le strict cadre des dispositions de l'Annexe 13 à la Convention relative à l'aviation civile internationale. La commission d'enquête conduit ses travaux avec la participation d'enquêteurs français et yéménites. A ce stade de l'enquête, les éléments rassemblés ne permettent pas encore d'établir les circonstances et a fortiori les causes de l'accident. » Des experts comoriens, envoyés par le gouvernement de l'Union des Comores, sont actuellement en Tanzanie, depuis début juillet, pour « participer à l'identification des restes mortels repêchés dans les eaux territoriales de ce pays voisin ». A leurs côtés des membres du BEA français, d'Airbus, des membres de la Commission d'enquête yéménite assistent également au déroulement des opérations.
L'absence d'actes de décès pose problèmes
Une fois les vingt-quatre dossiers identifiés, les autorités tanzaniennes pourront donner lieu à l'établissement d'actes de décès. Reste à savoir quand. Néanmoins, un bureau d'accueil a été mis à la disposition des familles de victimes, au siège de l'Ambassade des Comores à Paris. Les familles peuvent rencontrer Monsieur Abdallah Mirghane, le tout nouvel ambassadeur, et être assisté dans leurs démarches administratives. Mais plus les jours passent et plus la douleur est grande. L'absence d'actes de décès handicape au quotidien les proches des victimes. C'est le cas d'
Ali Bacar Oussen. Il fait partie des 67 familles marseillaises, touchées par ce drame et jusqu'à aujourd'hui, il n'a toujours pas en sa possession le document si précieux et indispensable pour entamer les démarches administratives. Veuf, il a perdu sa femme et ses deux petites filles de 16 mois et de quatre ans.
Dans le journal La Provence du 5 août, il dit tout son embarras et son impuissance : « Il faut que je résilie les contrats TV, de téléphone portable, qui étaient établis au nom de ma femme. Tant que je n'ai pas le document, je ne peux rien faire. Le problème, c'est qu'il faut un autre certificat de présence dans l'avion et Yeménia ne le fait pas. »
Les défenseurs des familles des victimes ulcérés
L'un des avocats de l'Association des familles des victimes du vol A310, Fabien Perez, qui a également co-écrit une tribune dans le quotidien Le Monde du 7 août intitulée « Yeménia n'avait pas respecté et ne respecte toujours pas les normes de sécurité européennes », a évoqué également, à l'AFP :
un silence « intolérable » des autorités et une absence « de prise en charge des familles, qui sont dans une situation extrêmement précaire ». Il a aussi évoqué une procédure judiciaire « bloquée » et « un sentiment de colère chez les familles des victimes, qui se sentent abandonnées. Nous sommes bien conscients qu''il faut du temps pour connaître les circonstances de l'accident. Mais là nous sommes face à un silence intolérable ». Il a aussi pointé la lenteur de l'enquête en déclarant n'avoir « aucune information : Qu'en est-il des boîtes noires ? Des corps retrouvés ? » Il vilipende aussi l'attitude de la compagnie yéménite qui selon lui « n'a donné suite à aucun des courriers et demandes formulés par les familles (...) »
Les autorités de Moroni pointées du doigt
Les autorités de l'Union des Comores sont également prises en grippe par une grande partie de la communauté comorienne dont les mots ne peuvent pas être plus durs. La diaspora comorienne accuse entre autres « un manque d'informations et de communication venant des Comores, une absence d'autorité et d'indépendance dans la gestion de la crise par autorités comoriennes » et reproche au gouvernement de l'Union « de ne pas aider suffisamment les familles des victimes sur place ». Le gouvernement comorien et la compagnie aérienne Yeménia Airways ont toutefois dépêchés à Moroni une équipe de l'assureur Blake Emergency Service, appuyée par des techniciens de Yeménia. Un centre a été installé à Itsandra-Beach Hôtel. Le but : recevoir les proches des victimes afin de les conseiller sur les procédures et les aider à remplir les formalités nécessaires à une assistance financière. Mohammed Ali Al-Arashi, un des responsables yéménites s'est confié à Al-Watwan : « Ces soutiens financiers intérimaires, qui seront effectué sans préjudice, sont pour apporter une assistance immédiate et pour couvrir les dépenses inhérentes aux pertes des personnes dans l'accident ».
Création d'une Commission de suivi
Une commission de suivi, mise sous la tutelle du ministère de l'Intérieur, va être mise sur pied. Elle seraconstituée de membres issus de divers horizons. « Cette instance aura pour membre le coordonnateur nommé par décret du président de l'Union, des représentants du Cosep, de l'aviation civile, du ministère des Relations extérieures, des familles comoriennes et franco-comoriennes, un médecin, un uléma, un avocat et un fonctionnaire détaché pour faire fonction de secrétaire permanent », explique, le 22 juillet, Al-Watwan. Son objectif vise à « maintenir un contact permanent avec les familles et les associations des familles des victimes, se porter partie civile au nom du gouvernement, suivre l'évolution des recherches et des enquêtes en vue de déterminer les circonstances du crash, assurer la défense des intérêts des familles et du gouvernement et proposer au gouvernement toute mesure susceptible d'alléger les souffrances des familles ».
Incompréhension et colère dans la diaspora comorienne
En France, d'où les voyageurs sont partis de Paris via Marseille, c'est l'incompréhension au sein de la diaspora comorienne hexagonale. L'absence d'informations au terme de plus de trente jours de recherches interpelle. A la colère s'est ajouté l'impatience et à l'impatience se marient désormais moult rumeurs. Ce n'est pas la réunion d'information organisée par Christine Robichon, l'ambassadrice chargée des relations avec les proches des victimes qui a rassuré ces familles. Les interrogations restent entières. Elle a aussi expliqué qu'elle n'avait « pas de date précise » à donner pour les jugements déclaratifs de décès qui font défaut aux enfants laissés orphelins par le drame. Une colère sourde enfle peu à peu. Une jeune femme, ayant perdu son frère aîné et présente lors du point presse du 23 juillet, n'a pu cacher son amertume. Elle a déclaré à La Provence n'avoir « rien appris de plus. Nous ne savons toujours pas ce qui s'est passé ni quand nous pourrons récupérer les corps. Comment voulez-vous que nous fassions notre deuil ? » Jamila a perdu une s½ur et un neveu dans l'accident. Très remontée, elle décoche : « On nous a dit qu'il y avait 25 corps de repêchés, mais ça on le savait. On a donné nos ADN, mais personne ne nous a dit : ce corps, c'est un tel ou un tel (...) On veut savoir aussi quand les boîtes noires seront récupérées, pour savoir ce qui s'est passé. » Ces familles endeuillées, sollicitées pour pouvoir pratiquer des tests génétiques et établir l'identité des victimes, assènent que « le dossier n'avance pas et que l'on nous cache des choses ».
Même détresse à Paris pour les familles des victimes
Les familles des victimes, résidentes en région parisienne, ont également exprimé le même sentiment de dépit et de tristesse, le 6 août, au siège de la Direction générale de l'aviation civile (DGAC). En présence du procureur-adjoint de Bobigny Phillipe Demory, du chef de service de l'aide aux victimes au Ministère de la Justice Didier Leschi et d'un gendarme de l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie, dédié à l'identification des corps et bien entendu de l'ambassadrice Christine Robichon, elles ont une nouvelle fois laissé entendre leur déception. Selon Sawsan, il n'a été question que « de technique, de juridique, d'argent et de boites noires ». Habitante d'Argenteuil, Halima, une française d'origine comorienne, opine et estime qu'il n'a jamais été question des corps. Christine Robichon a répété à l'AFP qu'aucun des 25 corps n'avait été identifié, mais que 25 dossiers post mortem avaient été montés avec les prélèvements ADN. Ces familles étaient « dans la souffrance et le deuil » avec une « attente principale, celle de la découverte des corps et de leur identification ».
Des questions et encore des questions...
Trois préoccupations dominent ainsi dans l'immédiat pour ces 85 familles résidentes en France ayant perdu un ou plusieurs proches dans la catastrophe aérienne du vol de l'A 310 de Yeménia Airways : ce que deviennent les corps des victimes, la récupération des boîtes noires et les causes de l'accident. L'enquête technique est dirigée par l'ANACM des Comores, avec le concours de son collègue du Yémen, du BEA français, du Bureau américain de la sécurité des transports (NTSB), des conseillers de Yeménia, d'Airbus et du motoriste américain Pratt et Whitney.
Des informations manquant de précision
Pour la première question, concernant les corps des victimes du crash de l'A 310 de Yeménia, les opérations d'identification se poursuivent à propos des 24 corps retrouvés dans l'archipel de Zanzibar. Les enquêteurs vont devoir, par exemple, établir comment des corps ou des restes de corps et des débris ont pu s'échouer loin des eaux comoriennes lors d'un rapport d'étape. Sur la localisation des autres portés disparus, aucun début de réponse officielle n'est pour l'instant venu apaiser l'interrogation des familles des victimes. Faut-il rappeler que plus d'une centaine de victimes n'a pas encore été retrouvée ? La commission d'enquête technique va ainsi devoir clarifier la situation et convaincre les plus sceptiques des membres de la communauté comorienne.
Informations et démentis
Depuis le début de cette affaire, il est très difficile de dégager une vérité. Les articles de presse s'appuyant sur des témoignages divers sur place relaient des informations confirmées et recoupées un jour, et le lendemain, contredites. Quelques exemples. A son retour à Paris, le 2 juillet, avec Bahia Bakari, la seule rescapée de l'accident de l'A 310, le secrétaire d'Etat à la Coopération, Alain Joyandet, qui s'était rendu aux Comores, le 1er juillet, confirmait devant l'Assemblée nationale que des corps avaient été « identifiés mais pas encore repêchés dans le secteur où a eu lieu ce terrible accident ». Le jour même où l'Airbus de Yeménia s'est abîmé en mer, les autorités comoriennes affirmaient, de leurs côtés, que « cinq corps avaient été aperçus mais seuls deux d'entre eux avaient clairement été identifiés comme étant des corps humains par un avion d'une compagnie locale [Comores Aviation] qui faisait des vols de reconnaissance. » Cette information allait être démentie quarante-huit heures plus tard.
Minute par minute
Toujours le jour du crash de l'A 310, le 30 juin, à 11 heures 23, le site de Rue89, qui suit minute par minute dès 8 heures 45, le déroulé des événements sur place, joint au téléphone Ibrahim Kassim, le responsable de l'Agence pour la sécurité de la navigation aérienne pour l'Afrique et Madagascar. Il confie qu'« un enfant de cinq ans a été retrouvé sur le lieu de l'accident par les secours (...) Ils n'ont pas pu encore approcher les trois autres corps ». Cette information répondait à l'annonce, faite quelques minutes plutôt, d'un haut responsable de la compagnie aérienne yéménite selon quoi un survivant a été repêché au large du lieu de l'accident et que trois corps ont été repêchés lors des opérations de recherches.
Le cafouillage n'est pas loin
D'autant plus que vers 15 heures 40, le site d'information Rue89 toujours, rapportait que « contrairement à ce qu'avait indiqué à Rue89 une source sur place, c'est une jeune fille de 14 ans, et non un garçon de 5 ans, qui a été récupérée par les secours, nous a assuré Ibrahim Abdourazak Razida, porte-parole de la cellule de crise de l'aéroport de Moroni. Selon Monsieur Razida, Bakari Bahia., 14 ans, ne savait pas nager mais serait restée accrochée plusieurs heures à un débris flottant avant d'être sauvée. En bonne santé, elle est actuellement en route vers l'hôpital de Moroni. » Ce témoignage venait contredire les affirmations du Docteur Halidi Ahmed Abdou, présent sur l'ex-site de l'hôtel Galawa beach, où un camp médical a été édifié pour accueillir les rescapés et autres corps repêchés. Mardi, en fin de matinée rapporte t-il au quotidien comorien Al-Watwan : « Jamal, médecin de l'hôpital militaire, se trouvant à bord d'une des vedettes de secours a appelé l'hôpital de Mitsamiouli pour leur informer qu'un enfant a été repêché vivant et leur a demandé de se préparer à l'accueillir aux urgences. »
Bahia Bakari, un témoin central
Bahia Bakari serait restée dans l'eau entre 10 à 12 heures, selon les sources, souffrant d'une fracture de la clavicule, de brûlures aux genoux, un hématome à l'½il, des égratignures et des engelures aux pieds. Le 1er juillet, un reportage en ligne de 20 minute.fr narre que Bahia dit « avoir ressenti une décharge électrique. Quand elle a rouvert les yeux, la jeune miraculée était au milieu de l'océan. Plus de douze heures après le crash de l'Airbus A310, les secours ont retrouvé Bahia flottant à la dérive, accrochée à un débris d'avion, à 20 kilomètres des côtes au nord-ouest de l'île de la Grande Comore. L'adolescente, originaire de Corbeil-Essonnes et qui aura 13 ans en août, avait fait le voyage avec sa mère. Au lendemain de l'accident, les médecins se veulent rassurants. « Elle va très bien, assure le docteur Mistoihi, le psychiatre chargé de veiller sur elle à l'hôpital El Maarouf, à Moroni. La santé et le mental sont impeccables. Elle réclame son père », resté en France. »
Témoignage de son père Kassim Bakari
Son père Kassim Bakari, sur les ondes de la radio RTL a déclaré qu'« elle n'a rien senti, elle s'est trouvée dans l'eau et elle a entendu des gens parler. Elle ne voyait personne dans la nuit. Elle est restée accrochée sur je ne sais pas quoi. Elle m'a dit qu'on l'avait éjectée. À partir de là elle s'est trouvée à côté de l'avion, elle n'était pas à l'intérieur ». Ibrahim Jaffar est l'oncle de Bahia Bakari. Sur le site
Corbeil-essonnes.over-blog.com, il a confié qu' « elle nous a dit aussi qu'elle a avait été éjectée dans l'eau. Elle se trouvait dans le noir. Elle entendait des gens autour d'elle qui criaient de tous les côtés. »
Le faux témoignage du gendarme Saïd Abdillah Hamadi
Le 3 juillet, le journal national des Comores Al-Watwan revient sur l'exploit et le témoignage de Saïd Abdillah Hamadi. Ce dernier s'est présenté comme le sauveur de la jeune adolescente. Il raconte : « Lorsqu'elle s'est approchée du bateau et pendant que nous nous apprêtions à la repêcher, une vague géante l'a projetée si loin qu'il était difficile de lui venir en aide depuis le bateau ». Il poursuit que « nous avions reçu l'ordre de patrouiller dans la zone Shamle-Ntsaweni. Plus tard, Comores Aviation nous a conseillé de mettre plutôt le cap sur le nord. Il était aux environs de 14 heures quand un membre de notre équipage a signalé au loin un enfant accroché à une planche en fer. Quelques minutes plus tard, nous l'avons perdu de vue, puis elle est réapparue. Elle avait déjà aperçu notre bateau. La mer était très agitée. Nous lui avons d'abord jeté une bouée, mais elle n'avait pas réussi à la saisir ». Il confie au journal que Bahia Bakari n'avait pas de gilet de sauvetage, mais qu'elle savait nager. « Lorsqu'elle s'est approchée du bateau et pendant que nous nous apprêtions à la repêcher, une vague géante l'a projetée si loin qu'il était difficile de lui venir en aide depuis le bateau. Aussitôt après, nous étions tous les deux pris dans un tourbillon. C'était dur. Il a fallu qu'un autre membre de notre équipage, Matrafi, arrive à notre secours. Et, Dieu merci, nous avons pu ramener la fille sur le bateau », termine le gendarme Saïd Abdillah Hamadi, incarcéré pour faux témoignage en attendant son jugement.
Libouna Selemani Maturafi, héros national
La suite est racontée par le vrai sauveteur qui décrit comment il avait aperçu la jeune fille, nageant dans une mer mauvaise au milieu de corps et de débris. Le marin pêcheur, héros national, du bateau Sima Com II, Libouna Selemani Maturafi affirme « quand nous avons trouvé la jeune fille, elle était sur un morceau de contreplaqué qu'elle a lâché quand elle a vu notre bateau. J'ai nagé sur trente mètres pour la rejoindre car elle était trop fatiguée pour nager". "Elle s'est accrochée à moi et le bateau m'a envoyé une bouée de sauvetage. Quand je suis remonté sur le bateau, j'ai pu voir un cadavre flotter dans l'eau ». En fin de matinée, Al-Watwan rapporte qu'un enfant, repêché vivant, est à bord d'une vedette des secours, en chemin pour les urgences. Dans le faux témoignage du gendarme Saïd Abdillah Hamadi, dans ce même journal Al-Watwan, il relate qu'il était aux environs de 14 heures, quand un enfant a été signalé au loin accroché à une barre de fer. Le marin-pêcheur Libouna Selemani Maturafi, à trente mètres de l'enfant, ne se trompe pas : il voit une jeune fille. Il s'agit de Bahia Bakari. Comment alors expliquer de tels balbutiements du corps médical sur le sexe et l'âge d'une jeune fille de 12 ans et/ou d'un garçonnet de 5 ans ? On est en droit de s'interroger sur le nombre d'enfants survivants ?
Que deviennent les corps des victimes ?
L'agence de presse africaine La Pana rapportait, le 5 juillet, qu'un autre corps a été découvert au large de la côte ouest de l'île comorienne d'Anjouan, près de la ville de Moya. Le commandant Ali Djambaé, qui coordonne les opérations de recherches en mer suite au crash du vol de Yeménia, a déclaré au téléphone, à la PANA, qu'il « n'est pas dit que le corps retrouvé serait forcément celui d'un passager du A310, compte tenu des positions géographiques du site supposé du crash et le lieu de découverte du corps. » Selon les premières informations en sa possession, il a dit qu'il s'agit d'un « homme blanc portant un gilet de sauvetage mais, vérification faite par les gendarmes à Anjouan, "effectivement c'est le corps d''un Blanc mais sans gilet de Yeménia (...) Le corps porte un slip et un maillot sans manches. » Il a également laissé entendre, dans la même dépêche, que si corps des victimes il y avait, les côtes de Mohéli, l'île la plus petite en superficie des quatre îles de l'archipel des Comores, avaient le plus de probabilité d'en abriter.
Depuis aucun encore n'a été signalé ni à Anjouan ni à Mohéli. Hadji Madi Ali, directeur de l'aéroport international de Moroni, a, par ailleurs, déclaré que le jour du drame un avion de la compagnie Comores Aviation a bien survolé la zone du crash apercevant « plusieurs cadavres distinctement (...) les vagues de cinq mètres et de forts courants empêchaient les petits bateaux de pêches présents de procéder à des repêchages (...) Même les bateaux militaires venus de Mayotte n'ont pas pu récupérer les corps ». Mais alors, que sont donc devenus ces cadavres humains vus distinctement au large de la Grande Comore, une fois le calme plat de la mer revenu ? Dans une dépêche de Reuters, daté du 9 juillet, le ministère yéménite des Transports annonçait que trois cadavres avaient été découverts au large des Comores. Puis, les autorités comoriennes sont venues démentir cette information et les groupe de secours au niveau local ont estimé probable que la plupart des morts soient restés bloqués dans l'épave de l'avion.
Des chaussures, des sacs à main mais pas de corps
Un témoignage, daté du 1er juillet sur le site Internet de
France24.com, de l'ancien directeur général de l'Office de la radio et de la télévision de la Grande Comore Mohammed Abdelkader, qui a également pris part bénévolement aux recherches de rescapés, est intéressant. Il dit avoir été « réveillé vers 3 heures du matin par le gardien de l'immeuble qui m'a appris qu'un avion s'était écrasé au nord de l'île. Avec un ami reporter-photographe nous nous sommes dirigés vers les lieux du crash. Sur notre chemin, nous avons rencontré de nombreux civils qui se dirigeaient aussi vers la zone du sinistre. Le message a vite circulé. D'abord par la radio nationale, alertée par les familles des victimes qui attendaient leurs proches à l'aéroport, puis par les habitants des villages environnants, dont le message a été relayé par les gardiens des mosquées qui se passaient l'information de minaret en minaret. Les premiers secouristes ont été les pêcheurs des villages côtiers qui ont pris leurs embarcations et sont partis à la rescousse des passagers de l'A310. Au lever du jour, vers 4 heures du matin, nous avons atteint le nord de l'île. Il y avait une grande mobilisation sur les plages. Mais la mer était devenue houleuse et la plupart des pêcheurs n'osaient plus s'y aventurer. Des habitants des villages côtiers proches de l'aéroport nous ont raconté qu'une odeur de 'gaz', probablement l'odeur du kérosène, flottait dans l'air vers 3 heures du matin. Vers 9 heures du matin, je suis monté à bord d'une embarcation avec des pêcheurs et nous sommes partis en mer. Aidés d'autres embarcations, nous avons repêché deux chaussures, trois sacs à main et des débris de l'avion à environ 15 à 20 kilomètres des côtes comoriennes. »
Restes de corps de mammifères retrouvés près de Djomani
Beaucoup de gens restent sceptiques quand à l'absence de corps repêchés au large de la Grande Comore et particulièrement au large de la zone du crash, qui serait comprise dans un périmètre allant de l'aéroport international Prince Saïd-Ibrahim de Hahaya dans la région du Hanmanvu jusqu'à la grande ville du Nord de l'île Mitsamihouli-Mdjini. Une dépêche d'agence relatait, le 8 juillet, que des restes humains déchiquetés avaient été découverts aux alentours de Djomani. Le lendemain dans un communiqué, le Centre des opérations de secours et de la protection civile (COSEP) révélait que les examens pratiqués à Moroni par les équipes scientifiques et médicales comoriennes assistées par des médecins légistes français montraient qu'« il s'agissait non pas de restes humains mais de mammifères marins. D'après les spécialistes, il serait vraisemblablement question de baleines. » Le lieutenant colonel Ismaël Mogne Daho, chef du centre des opérations de secours, annonçait à l'AFP que les restes découverts jeudi n'étaient que des cétacés.
Des restes de corps de cétacés
Jacky Bonnemains, cétologue, ancien de Greenpeace et président de l'ONG française de protection de l'environnement des Robin des bois est dubitatif sur ce point. Répondant aux questions de RFO.fr concernant la supposée incapacité des pêcheurs comoriens à distinguer restes de corps humains et restes de corps de cétacés, il affirme que « là on se pose des questions. On est sceptiques. On a réfléchi. Qu'il y ait eu un échouage collectif suite à un phénomène acoustique, on veut bien. Que des baleines entières ou des dauphins – car il y en a pas mal aussi, ramassées dans les filets des pêcheurs, pourquoi pas ? Mais des morceaux de baleines, là on est plus réservé et incrédules. On a lu et on s'est attardé une demi-heure sur la question (...) Ces restes de corps de mammifères marins pourraient êtres des prises accidentelles par des gros navires de pêche et rejetés en surface... Que des pêcheurs soient incapables de distinguer des restes de poissons ou mammifères marins à ceux d'être humains a été notre première surprise. Il y a là quelque chose d'impossible. Il y a quelque chose qu'on ne comprend pas bien. »
Que deviennent les débris ?
Une dépêche de l'AFP daté du samedi 4 juillet et reprise par
Lepoint.fr et
Tempsreel.nouvelobs.com rapporte qu'une commission de l'aviation civile du Yémen attestait que « des hélicoptères de l'équipe américaine qui participent aux opérations de recherches et de secours ont repéré près des côtes des Comores une grande partie de l'avion, flottant à la surface de la mer. L'équipe américaine tente actuellement de récupérer la pièce repérée par ses hélicoptères, qui survolaient le secteur à une altitude de 3 kilomètres. » Cette même commission signalait, dans un communiqué publié le vendredi 3 juillet, que des équipes de plongeurs avaient déjà récupéré des débris de l'A 310. Le même jour, dans le quotidien Al-Watwan, le coordinateur de la cellule de crise au Centre des opérations de secours, Ismaël Mogne-Daho, faisait un démenti dans la soirée. « Aucun corps n'a été retrouvé, aucun débris n'a été ramené à terre et la boîte noire n'est pas encore localisée ».
Des moyens sur place pour peu de résultats pour le moment
L'article mentionnait aussi que « les secours américains ont quitté la zone, samedi ». Des équipes civiles et militaires venues de Mayotte et de La Réunion ont été intégrées dans le dispositif militaire et civile mis en place par l'Union des Comores. Un communiqué du ministère de l'Intérieur et de l'Information, daté du 2 juillet, explicite l'ensemble des moyens étrangers mis en branle pour soutenir logistiquement les Comores : « Les moyens logistiques et humaines mobilisés par les autorités françaises, comprennent un transall avec à son bord une équipe de douze plongeurs, trois médecins, trois psychologues ainsi que deux canots pneumatiques ; le remorqueur civil mahorais, transportant quatre plongeurs, des moyens nautiques et une équipe du SMAU. Une frégate Porte hélicoptère et un patrouilleur est aussi attendu. Les Etats-Unis ont envoyé sur place un hélicoptère amenant une équipe de plongeurs pour participer à la recherche et un avion chargé des fournitures. Les experts dépêchés sur place sont intégrés dans le dispositif national de gestion de cette crise. Ce dispositif est constitué de la Cellule nationale de gestion de la crise basée à l'Aéroport de Hahaya, le Centre des opérations constitués d'équipes mixtes basés à Maloudja, la Cellule d'écoute et d'accueil des familles de victimes basé au siège de la COSEP. » Dans la seconde semaine de juillet, le commissaire adjoint de la police tanzanienne Peter Kivuyo a fait savoir que les autorités tanzaniennes avaient remis les débris de l'avion, sans préciser de quelle(s) partie(s) il s'agit, à des experts afin d'authentifier qu'ils appartiennent bien à l'A 310 de Yeménia.
La localisation de l'avion
L'ensemble des opérations de secours (avec la participation de la France, des Etats-Unis et du Yémen) sont localisées au « pôle Galawa », dans la cité de Mitsamiouli-Mdjini au nord de l'île de Grande-Comore. C'est de là rapporte l'AFP que des secouristes comoriens et internationaux, embarqués, sur des patrouilles de (quatre) zodiacs d'environ trois heures sont organisées chaque jour à environ 20 km de la côte. Toutes les recherches se focalisent au large de la grande ville du nord de Ngazidja/Grande Comore : Mitsamiouli (16, 5 kilomètres de l'aéroport de Hahaya). Pourtant, il a été écrit qu'un avion affrété par les autorités comoriennes aurait survolé, dès mardi 30 juin, la zone du crash de l'Airbus A 310, à environ 29 kilomètres de Moroni. L'aéroport international Prince Saïd Ibrahim se situe à vingt-trois kilomètres de la capitale fédérale des Comores.
Ce qui signifie que l'avion se serait abîmé plus dans la région de Mbude entre les villages de Domoni ya Djuhu (5, 6 kilomètres de Hahaya), Ntsaouéni (7,6 kilomètres de Hahaya), Chamlé (9,9 kilomètres de Hahaya) et Djomani (11,5 kilomètres de Hahaya) dans la région du Mboude. Le 3 juillet le quotidien français Le Figaro affirmait que « alors que le président comorien vient de décréter une période de 30 jours de deuil national, les équipes de recherches continuent d'essayer de trouver des débris de l'Airbus de Yeménia, qui s'est abimé en mer mardi avec 153 passagers à son bord. Pour l'heure, les sauveteurs affirment que l'épave de l'A310 est toujours introuvable mais évoquent néanmoins une « possible zone » (environ à 10 km au sud de Mitsamiouli, au nord de l'Ile de la Grande Comore), où une concentration de requins ainsi qu'une forte odeur de kérosène ont été détecté ». Al-Watwan évoque également le lieu supposé du crash au large des côtes de Ntsaouéni, au Nord de l'aéroport international Prince Saïd Ibrahim.
La piste du Mbude, région au Sud de Mitsamiouli
Il se dit que quelques habitants de Djomani auraient été témoins oculaires de l'accident de l'avion près des eaux de leur village. C'est d'ailleurs là qu'auraient été conduites les toutes premières recherches de l'épave de l'avion de Yeménia. Les ressortissants parisiens du village de Djomani-Mbude sont très courroucés, estimant que leur voix n'est pas suffisamment prise en considération. Il apparait aujourd'hui que les recherches se concentrent davantage dans la région de Mitsamiouli que de Djomani. Quelle place occupe la piste du Mbude par rapport à celle de la région de Mitsamiouli dans le périmètre de recherches de l'épave de l'A 310 de Yeménia ?
Toujours pas de boîtes noires récupérées
Ce qui apparait « insupportable » à la communauté comorienne en plus de la disparition des corps, c'est la non-récupération des boîtes noires. Le site Internet de la commission d'enquête technique explique, dans un communiqué daté du 30 juillet, que « les recherches pour retrouver les enregistreurs au large des côtes de la Grande Comores sont en cours. Le bateau hydrographique Beau temps-Beaupré, arrivé le 17 juillet, a établi une cartographie des fonds sous-marins dans la zone de l'accident. Sur cette base, les enregistreurs se trouveraient à une profondeur estimée à 1 200 mètres. Cette opération était un préalable à la récupération des enregistreurs au moyen d'un robot sous-marin télécommandé (ROV). Il poursuit qu' « à cet effet, le Bureau d'enquêtes et d'analyses pour la sécurité de l'aviation civile (BEA – France) a affrété un navire à la société Phoenix International Holdings Inc. Ce navire est équipé d'un ROV muni de moyens de découpage ainsi que d'équipements de manutention et de relevage de pièces. Il devrait arriver aux Comores dans la seconde quinzaine d'août. »
L'opération de récupération des enregistreurs devrait intervenir dès l'arrivée du bateau. Les enquêteurs du BEA dirigeront l'enquête avec l'aide des enquêteurs comoriens, responsables de l'enquête, et leurs homologues yéménites. « Les enregistreurs seront analysés par le BEA en étroite collaboration avec les enquêteurs comoriens et yéménites. L'analyse des enregistreurs n'est qu'une étape de l'enquête qui s'inscrit dans un processus complexe », explique le communique de l'ANACM. Il faut savoir que les deux boîtes noires (de couleur orange) ont des fonctions différentes. Le DFDR (digital flight data recorder) détient l'enregistrement seconde par seconde sous forme numérique de tous les paramètres de vol de l'avion (vitesse, altitude, trajectoire...). Plus petit, le CVR (cockpit voice recorder) est l'enregistreur de vol des conversations mais aussi tous les sons et annonces entendus dans le cockpit. La mémoire est protégée par un boîtier blindé pouvant résister à une immersion d'un mois à 6 000 mètres de profondeur... Les balises des deux boîtes noires d'un avion émettent sous l'eau un signal pendant trente jours facilitant leur localisation. « L'analyse des boîtes noires permet en effet dans 90% des cas de déterminer les causes d'un accident », explique Robert Galan, pilote et expert auprès des tribunaux français.
Un navire américain attendu vers le samedi 15 août
Le lendemain du crash, le 1er juillet, Alain Joyandet, le ministre français de la coopération alors aux Comores, déclarait à Al-Watwan « le signal de la boîte noire a été localisé hier à 16 heure 30 locales par une patrouille aérienne à quarante kilomètres des côtes de Grande Comore ». Six jours après le crash, l'enquêteur principal comorien Ali Abdou Mohamed de l'Agence nationale de l'Aviation Civile et de la Météorologie (ANACM) annonçait qu'elles avaient été détectées au large des Comores par le BEA français. Plus d'un mois après l'accident, elles n'ont toujours pas été récupérées.
L'arrivée du navire américain de la société Phoenix International et son robot sous-marin télécommandé devraient mouiller en théorie en fin de semaine prochaine. Beaucoup espèrent que les boîtes noires pourront être récupérées – qui sait avec la carlingue et peut-être des corps, et surtout parler. Les deux prochaines semaines devraient normalement livrer bien plus d'informations que les trente derniers jours écoulées. Sur place aux Comores, l'atmosphère pesante et morbide engendrée par la catastrophe aérienne du crash de l'Airbus A 310 de Yeménia laisse peu à peu place à une nouvelle respiration. Le Comorien lambda n'oublie pas, mais essaie de reprendre son train de vie normal. Avec difficulté, il tourne la page et le Ramadan occupe de plus en plus les conversations.
Par Ismael Mohamed Ali
RFO Mayotte, le 07/08/2009